SANCTIONS ET SECRETS – les coulisses d’un monde sous contrôle | Jacques Baud

Ancien colonel de l’armée suisse et ancien chef de la lutte contre la prolifération des armes légères et contre les mines auprès de l’OTAN, Jacques Baud revient pour un nouvel épisode explosif.

Dans ce direct, nous abordons plusieurs dossiers sensibles et rarement traités sans filtre : les sanctions qui le visent, l’affaire Epstein et ses zones d’ombre, le rôle des médias dans la fabrication des récits, ainsi qu’un tour d’horizon géopolitique des tensions actuelles — de la Russie au Venezuela en passant par d’autres foyers stratégiques comme l’Iran ou encore le Groenland.

Une conversation dense, documentée, et à contre-courant, pour comprendre ce qui se joue réellement derrière les annonces officielles, les campagnes d’opinion et les rapports de force internationaux.

Jacques Baud raconte dans cette conversation comment il vit concrètement les sanctions de l’Union européenne, qui l’ont privé de ses moyens de paiement et de sa liberté de mouvement, et il développe ce que cela révèle selon lui de la dérive politique, médiatique et juridique en Europe, en lien avec l’Ukraine, la Palestine, les États-Unis et la neutralité suisse.​

Chapitrage

00:00:00 Introduction
00:01:30 Sanctions envers Jacques Baud
00:15:06 La propagande journalistique
00:28:04 Affaire Epstein
00:32:40 Journalistess et médias
00:54:48 Les médias alternatifs
01:06:15 Mafais et Etat
01:24:40 Ukraine et Israël
01:46:20 Perte de la neutralité suisse
02:12:09 Nations Unis er The bound of pièce
02:23:23 Affaire maduro & Vénézuela
02:36:25 Etats de droits et sanctions
02:44:44 La géopolitique des Etats Unis
03:02:00 Incapacité Européenne
03:33:00 Comment soutenir Jacques Baud


Résumé de cette conversation

Dans cet entretien avec Antoine sur The Swissbox, Jacques Baud décrit sa situation de « prisonnier politique » en Belgique depuis sa mise sous sanctions par l’Union européenne, sans procès ni décision de justice, avec blocage de ses comptes bancaires et interdiction de circuler sur le territoire de l’UE. Il explique comment il survit grâce à l’aide de proches et de citoyens, et pourquoi il voit dans ces mesures extrajudiciaires un abandon de l’État de droit au profit d’un pouvoir discrétionnaire fondé sur la « morale » de dirigeants et de fonctionnaires, plutôt que sur le droit.​

À partir de son cas, il critique durement les médias publics européens (RTS, RTBF, etc.), qu’il accuse de mensonges, de diffamation et de propagande, et il analyse la manière dont le traitement médiatique des conflits en Ukraine et en Palestine empêche toute médiation et tout règlement politique. Il revient aussi sur l’affaire Kennedy, le rôle supposé d’un État allié des États-Unis, le statut nucléaire d’Israël, la question du Hamas et du « terrorisme », ainsi que la perte de neutralité de la Suisse et son alignement croissant sur l’OTAN, qu’il considère comme une faute stratégique majeure.

1. Situation personnelle et sanctions de l’UE

Jacques Baud commence par répondre à la question « comment vas‑tu compte tenu des circonstances ? », en expliquant qu’il vit « sans ressources » depuis la publication, le 15 décembre, des sanctions décidées contre lui par l’Union européenne. Concrètement, il n’a plus accès ni à son compte en banque, ni à ses cartes bancaires ou de crédit, ce qui lui rend impossible l’achat de nourriture ou de carburant, et même après l’octroi d’une dérogation humanitaire par le ministre belge des finances, sa banque n’a pas encore mis en œuvre cette décision une semaine plus tard.​

Il décrit ces sanctions comme extrajudiciaires, prises « en dehors de tout cadre juridique », sans infraction clairement définie, sans procès, sans limitation légale de la peine et sans voie de recours devant un tribunal, ce qui selon lui rompt avec l’idée même d’État de droit issue des révolutions européennes. Il insiste sur le fait qu’en droit pénal classique, la faute est définie par la loi et la peine encadrée par la loi ou par un juge, alors qu’ici la sanction pourrait théoriquement aller jusqu’à la peine de mort puisqu’elle n’est plus bornée par un cadre légal, ce qui lui sert d’illustration volontairement extrême du glissement vers un pouvoir arbitraire.​

« Prisonnier politique » en Belgique

Baud explique que, du point de vue des déplacements, il est « prisonnier en Belgique » et se considère comme un « prisonnier politique », car les sanctions l’empêchent à la fois d’entrer dans l’UE et de se déplacer à l’intérieur du territoire alors qu’il y réside déjà. Il explique qu’il n’a pas le droit d’aller en Suisse sans obtenir une autorisation de la Belgique, du Luxembourg et de la France pour traverser, puis qu’une fois en Suisse il n’aurait pas le droit de revenir vers son domicile belge, ce qui fait de lui un cas de blocage quasi total.​

Il souligne le contraste entre la dureté des mesures et le prétexte invoqué, qui relève selon lui du « délit d’opinion » lié à ses analyses sur l’Ukraine, et il insiste sur l’absence totale de procédure contradictoire : pas de procès, pas d’avocat dans la procédure de sanction, pas de notification motivée permettant de se défendre, seulement un acte politique du Conseil de l’Union européenne.​


2. Survie matérielle et soutien populaire

Sur le plan concret, Baud explique qu’il « survit » depuis deux mois « exclusivement d’une aide extérieure », grâce à des bénévoles, amis et voisins qui lui apportent régulièrement de la nourriture, des plats cuisinés, du pain et des produits de base. Il reconnaît qu’il vit « très bien » matériellement grâce à la générosité de ces personnes, tout en rappelant qu’il dépend entièrement de ce soutien depuis le blocage de ses ressources financières.​

Il raconte plusieurs scènes de soutien spontané : un juriste belge d’origine congolaise qui l’interpelle dans la rue pour lui dire « on est avec vous », un passant qui lui serre la main en pleine conversation téléphonique avec une ambassadrice suisse chargée des sanctions, ou encore des personnes qui lui demandent son numéro de téléphone pour l’aider. Il indique que, chaque fois qu’il sort acheter une baguette, deux à trois personnes l’arrêtent pour lui témoigner leur soutien, et que les messages de solidarité arrivent du monde entier (Japon, Afrique du Sud, Amérique du Sud, Alaska, etc.), y compris de la part de lecteurs et de spectateurs de ses conférences.​

Selon lui, ce soutien populaire massif contraste avec l’attitude des autorités suisses et européennes, qui n’auraient « strictement rien fait » pour le défendre, et avec l’hostilité ou la malveillance d’une partie des médias romands qui l’ont attaqué sans examen sérieux de ses travaux. Il estime que ce fossé entre soutien de base et silence ou hostilité institutionnelle a été largement sous‑estimé par ceux qui l’ont inscrit sur la liste des sanctions, et qu’il se retourne aujourd’hui politiquement contre eux.​


3. Sanctions, extrajudicialité et comparaison avec le droit pénal

Baud développe longuement une réflexion générale sur les sanctions extrajudiciaires, en partant de son cas pour en faire un exemple de ce qu’il considère comme une dérive structurelle de l’Union européenne et de certains États occidentaux.​

Extrajudiciaire versus État de droit

Il rappelle que dans tout système pénal classique, il y a trois éléments : une loi qui définit précisément la transgression, une peine maximale prévue par cette loi, et un tribunal qui applique la peine dans une procédure contradictoire où l’accusé peut se défendre. Dans le cas des sanctions européennes, il note au contraire qu’il n’y a pas d’infraction clairement définie, pas de procès, pas de juge, et aucune limite explicite à la sévérité de la sanction, ce qui fait sortir le dispositif du cadre de l’État de droit pour le placer dans un registre purement politique.​

Il insiste sur l’idée que, dans une décision extrajudiciaire, la peine dépend uniquement de la « volonté politique » et pourrait être arbitrairement aggravée, comme le montrent selon lui les pratiques américaines et françaises d’éliminations ciblées extraterritoriales décidées en dehors de tout procès. Il en conclut que l’Union européenne s’éloigne de l’héritage de la Révolution française, où le pouvoir était soumis au droit, pour revenir à une situation où la loi est façonnée par le pouvoir sans contre‑poids juridictionnel.​

« Les violeurs sont mieux traités »

Pour illustrer la rupture avec les garanties fondamentales, Baud avance une comparaison volontairement choquante : selon lui, « les violeurs sont mieux traités » que lui ou d’autres personnes sous sanctions extrajudiciaires. Il explique qu’un violeur bénéficie d’un procès, d’un avocat, de la possibilité de présenter sa version des faits, d’une peine définie par la loi et de voies de recours, alors qu’aucun de ces droits ne lui a été reconnu dans la procédure de sanction européenne.​

Il rapporte avoir vu le ministre français Jean‑Noël Barrot demander publiquement des « preuves » dans l’affaire d’un diplomate français compromis dans le dossier Epstein, en affirmant agir seulement sur pièces, alors que ce même responsable politique l’aurait inscrit sur la liste des sanctions sans exigence comparable de preuves ni confrontation contradictoire. Pour Baud, cette « indignation à géométrie variable » illustre un système où la gravité des faits (crime sexuel versus opinions politiques) compte moins que la proximité politique ou médiatique des personnes en cause.​


4. Le rôle des médias et la question de la diffamation

Une partie importante de l’entretien est consacrée à la critique des médias occidentaux, en particulier suisses et belges, que Baud accuse d’avoir préparé et accompagné les sanctions en alimentant une image mensongère de lui.​

« Ex‑espion », « conspirationniste » et falsifications

Baud revient sur l’usage répété par la RTS et certains journaux du terme « ex‑espion » pour le qualifier, alors qu’il affirme n’avoir « jamais été espion » et n’avoir jamais travaillé dans ce domaine spécifique. Il considère que ce terme est mensonger et diffamatoire, d’abord parce qu’il est factuellement faux, ensuite parce que l’espionnage est une activité illégale dans le droit des États concernés, ce qui revient à l’accuser publiquement d’une activité criminelle.​

Il souligne aussi le contraste avec le traitement réservé à un « vrai ancien espion » du KGB, que ces mêmes médias appellent « ancien agent du KGB » plutôt que « ex‑espion », ce qui montre selon lui une volonté de nuire à son image par un choix de vocabulaire biaisé. Il évoque l’exemple d’un article de Valérie de Grafenried dans Le Temps, qu’il critique pour ses erreurs et pour la reprise sans distance de qualifications qu’il juge manipulatrices, et indique qu’il refuse désormais de répondre à des journalistes qui ne respectent pas la Charte de Munich sur la déontologie de l’information.​

Baud rapporte aussi un cas en Belgique : un journaliste de la RTBF aurait produit un article « où tout est mensonge », selon lui, assorti de multiples erreurs factuelles sur ses propos et positions. Un auditeur, le connaissant, aurait envoyé à la RTBF un relevé détaillé des erreurs et corrections, sans obtenir ni rectification ni droit de réponse, ce qu’il interprète comme la preuve d’une volonté délibérée de manipuler l’opinion plutôt que d’informer.​

Un autre exemple qu’il donne est celui de Conspiracy Watch et de son journaliste François‑Antoine H., qui aurait parlé de lui comme d’un « conspirationniste » à propos d’une interview sur RT France à l’occasion de la sortie de son livre « Gouvernés par les fake news », en attribuant à ce livre des thèses qu’il ne contient pas. Baud dit avoir envoyé un texte de réponse détaillé, refusé par Conspiracy Watch, et note que le même journaliste a ensuite introduit ces éléments dans sa page Wikipédia, propageant ainsi une image falsifiée auprès d’un large public.​

Journalisme, propagande et homogénéisation médiatique

Sur la base de ces cas, Baud développe une critique globale des médias publics (RTS, RTBF, etc.), qu’il accuse de ne plus faire de journalisme mais de la « propagande », en sélectionnant les faits et les mots pour servir un narratif politique – notamment sur l’Ukraine et la Russie. Il estime que ces médias ne respectent pas la Charte de Munich, qu’ils ne vérifient pas ses ouvrages ni ses sources (alors que tout serait « dans ses livres »), et qu’ils se contentent de recycler les accusations d’autres médias ou d’organes militants, créant un écho auto‑alimenté sans vérification indépendante.​

Il affirme que le paysage médiatique s’est « appauvri » et homogénéisé depuis quelques décennies : autrefois, chaque grand titre disposait de ses propres correspondants à l’étranger et offrait une vraie diversité de points de vue, alors qu’aujourd’hui beaucoup de médias reprennent les mêmes dépêches d’agence et les mêmes correspondants, produisant des contenus quasi identiques en Suisse, en France ou en Belgique. Ces évolutions managériales et financières (concentration de titres dans quelques grands groupes, recherche de rentabilité, réduction de coûts) auraient réduit la diversité d’opinions et renforcé le conformisme éditorial.​

Baud insiste aussi sur l’obsession de la « condamnation » dans le journalisme actuel : dans les interviews sur l’Ukraine ou la Palestine, la première question est souvent « condamnez‑vous la Russie ? » ou « condamnez‑vous le Hamas ? », l’objectif n’étant pas de comprendre mais d’obtenir une prise de position morale tranchée. Pour lui, cette logique de condamnation permanente, imposée par les journalistes, ruine toute possibilité de médiation, car elle substitue un réflexe moral et manichéen à une analyse des causes et à la recherche de compromis.​


5. Ukraine : guerre, médiation et usage politique des sanctions

L’Ukraine est un fil rouge constant de la conversation, puisque ce sont ses analyses de ce conflit qui ont servi de justification politique à sa mise sous sanctions.​

Sa méthode : sources ukrainiennes et discipline analytique

Baud rappelle qu’il a travaillé longtemps comme analyste dans le domaine des conflits et que, lorsqu’il écrit sur l’Ukraine, il se base prioritairement sur des sources ukrainiennes, y compris des médias et des documents officiels, plutôt que sur la propagande russe. Il insiste sur le fait que tous ses propos sont documentés dans ses livres et dans ses interventions, souvent accompagnés de cartes et de documents, et qu’il évite délibérément de s’appuyer sur des médias d’État russes pour ne pas devenir le relais d’un discours officiel.​

Il se présente comme un médiateur de conflits : son métier, dit‑il, a été d’aider des parties adverses (tribus, groupes armés, gouvernements) à identifier des « points de connexion » et à construire des passerelles permettant d’ouvrir un dialogue de paix. Ce travail implique, selon lui, une discipline intellectuelle très forte pour ne pas se placer du côté de l’un ou de l’autre, afin de pouvoir comprendre les deux logiques internes sans se laisser enfermer dans une grille morale simple (gentils/méchants).​

Les sanctions comme punition politique

Baud affirme savoir, via ses avocats, quels sont les éléments retenus contre lui dans le dossier de l’UE, même si le détail reste secret pour le public. Il mentionne par exemple l’accusation selon laquelle il aurait dit que « l’Ukraine a orchestré sa propre invasion », ce qu’il conteste fermement en expliquant qu’il a déjà réfuté cette interprétation auprès du journaliste Sylvain Besson lorsque celui‑ci l’a contacté après une fuite sur Radio Free Europe annonçant sa future inscription sur la liste.​

Pour lui, ces accusations reposent sur des citations tronquées ou sorties de leur contexte, issues d’Internet ou de reprises approximatives, et non sur un examen rigoureux de ses textes originaux. Il considère que sa sanction est une mesure de « punition extrajudiciaire » pour avoir tenu un discours non conforme à la ligne dominante sur la guerre en Ukraine, plus qu’une réponse à un acte illégal précis, et il y voit un signal adressé aux autres analystes pour les dissuader de s’écarter du narratif officiel.​

Baud souligne que l’Union européenne ne cherche pas, selon lui, à résoudre le conflit mais à « punir la Russie », ce qui se reflète dans les déclarations publiques et dans l’obsession de la défaite russe plutôt que dans l’ouverture de véritables canaux de négociation. Il rappelle qu’il a, dans ses livres, posé la question de la pertinence de la décision russe d’attaquer l’Ukraine, sans apporter de réponse tranchée, et qu’il estime que notre rôle en Europe devrait être celui d’un « arbitre » cherchant comment rapprocher les parties, non celui d’un procureur moral.​


6. Palestine, Israël et usage du terme « terroriste »

L’autre grand théâtre abordé est celui de la Palestine et d’Israël, notamment après le 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza.​

7 octobre, propagande et travaux des journalistes israéliens

Baud explique qu’il n’a pas suivi au jour le jour l’évolution militaire récente à Gaza, ayant concentré son attention sur le processus de paix autour de l’Ukraine (sommet de Djeddah, conférences, etc.), mais il revient sur la manière dont le récit du 7 octobre a été construit. Il souligne que les premières versions, largement reprises en Europe, sont issues de la communication officielle du gouvernement israélien, mais que des journalistes israéliens d’investigation ont ensuite « débunké » un grand nombre d’affirmations et de récits exagérés ou faux.​

Il note que, malgré la distance géographique et notre absence d’implication directe, les médias européens ont adopté le point de vue gouvernemental israélien de façon quasi intégrale, sans tenir compte du travail critique produit par des journalistes israéliens eux‑mêmes. Il voit là un parallèle avec l’Ukraine, où la distinction entre la communication gouvernementale et le travail de certains médias locaux sérieux est souvent ignorée par les médias occidentaux, qui préfèrent la version la plus radicale et émotionnelle.​

Hamas, terrorisme et fermeture des voies de négociation

Baud consacre un passage important au statut du Hamas et à la question de savoir pourquoi certains États occidentaux ont décidé de le qualifier de « terroriste », en soulignant que cette désignation ne fait pas consensus dans le reste du monde. Il rappelle que Yasser Arafat avait, après des attentats à l’étranger, décidé de limiter la lutte palestinienne au territoire de la Palestine mandataire, et que depuis, la plupart des actions violentes du Hamas visent des objectifs en Israël et dans les territoires, ce qui complique la question de la qualification juridique.​

Pour lui, le fait que des pays comme la Suisse aient récemment décidé d’inscrire le Hamas sur leurs listes d’organisations terroristes n’est pas neutre : cela ferme des portes de négociation, car on ne parle pas au « terroriste », et cela permet de légitimer ex post des opérations israéliennes de « terrorisme d’État » (selon son expression) comme l’assassinat ciblé de dirigeants du Hamas par bombes de forte puissance. Il estime que si l’on définit le Hamas comme terroriste, on devrait alors, pour être cohérent, qualifer le gouvernement israélien de terroriste d’État, ce que les mêmes États refusent, ce qui révèle une nouvelle fois, selon lui, une moralité à géométrie variable.​

Baud rappelle plusieurs exemples d’éliminations ciblées par Israël (comme celle du cheikh Ahmed Yassine, fondateur du Hamas, tué par une bombe de 500 kg qui a détruit toute une zone pour tuer un vieil homme en fauteuil roulant), ainsi que des assassinats ciblés par les États‑Unis (général iranien Qassem Soleimani) ou les projets d’enlèvement de dirigeants comme Nicolás Maduro, que les médias occidentaux n’ont pratiquement pas critiqués. Il y voit la preuve que la notion de « terrorisme » est instrumentalisée politiquement : certains actes sont dénoncés avec virulence, d’autres sont passés sous silence ou même approuvés, selon l’alignement géopolitique de l’auteur.​


7. Affaire Kennedy, Israël et armes nucléaires

Interrogé sur l’affaire Kennedy et les documents récemment déclassifiés, Baud aborde brièvement un sujet souvent rangé dans la catégorie du « complotisme », en expliquant la manière dont il est perçu dans certains milieux de renseignement.​

Il avance que, pour justifier l’assassinat d’un président des États‑Unis, il faut un motif « existentiel », qu’une organisation criminelle comme la mafia n’a aucun intérêt à prendre un tel risque, puisqu’elle sait s’accommoder de gouvernements successifs. Il suggère qu’un tel motif ne peut venir que d’un État, et que les indices convergent vers un État allié, ayant craint que Kennedy n’empêche son accès à l’arme nucléaire.​

Il rappelle que John F. Kennedy s’opposait fermement à l’accession d’Israël à l’arme nucléaire, estimant que cela déstabiliserait durablement le Proche‑Orient, et qu’il avait exigé des inspections sérieuses du site de Dimona. Il décrit comment, selon certaines sources, les autorités israéliennes auraient mis en scène des inspections dans un décor « en carton pâte » pour tromper les inspecteurs américains, ce qui aurait provoqué la colère de Kennedy et mené à un échange de lettres tendu peu avant son assassinat.​

Après sa mort, Lyndon B. Johnson, beaucoup moins hostile au programme nucléaire israélien, aurait laissé faire, ce qui a permis à Israël de se doter de l’arme atomique et, selon Baud, d’acquérir un sentiment d’invulnérabilité l’incitant à attaquer plus facilement ses voisins, compliquant ainsi son intégration régionale. Il estime qu’une politique différente à l’époque aurait peut‑être conduit à un Israël mieux intégré dans son environnement et à une solution plus précoce de la question palestinienne.​


8. Neutralité suisse, OTAN et perte de crédibilité

En tant que Suisse, Jacques Baud consacre une longue séquence à la neutralité helvétique et à ce qu’il considère comme son érosion rapide depuis plusieurs années.​

Neutralité comme capital stratégique

Il rappelle que la neutralité suisse, imposée au départ au Congrès de Vienne mais ensuite choisie et mise en œuvre par le pays, est à la fois un instrument de sécurité (éviter d’être entraîné dans les guerres) et un capital politique qui donne à la Suisse un rôle unique de médiateur sur la scène internationale. Il cite l’accueil d’enfants belges pendant les deux guerres mondiales et l’organisation de conférences de paix comme exemples de l’influence disproportionnée qu’un petit pays peut exercer grâce à sa neutralité.​

Pour lui, cette neutralité a permis à la Suisse de contribuer à la promotion de la paix, de la démocratie et de l’État de droit après 1945, et elle devrait rester le fondement de sa politique étrangère et de sa sécurité. Il rejette l’idée d’une adhésion à l’OTAN, qui signifierait selon lui la perte de la neutralité et donc de la crédibilité suisse comme médiateur, sans bénéfice de sécurité réel que la Suisse ne possède pas déjà.​

Alignement sur l’UE et débat interne

Baud constate que la Suisse, sous l’effet de pressions politiques internes et externes, s’est progressivement alignée sur l’Union européenne, notamment en reprenant des sanctions contre la Russie et en adoptant des positions très proches de celles de l’OTAN sur la guerre en Ukraine. Il juge que cette évolution détériore la crédibilité de la Suisse aux yeux des autres pays, y compris en Belgique où des personnes lui disent désormais en riant que « la Suisse, ce n’est plus la neutralité ».​

Il montre également, à travers les documents fortement caviardés fournis par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) après une demande de documentation sur son cas, que les autorités suisses ont peu fait pour le soutenir, se retranchant derrière la « sécurité nationale » pour refuser de transmettre les éléments sur lesquels elles se sont fondées. Il y voit la manifestation d’un éloignement de la Suisse par rapport à sa tradition juridique et humanitaire, et d’un suivisme par rapport à l’Union européenne qu’il juge dangereux pour l’avenir du pays.​


9. Vers quelles formes de soutien ?

En fin d’entretien, Antoine lui demande explicitement : « que faire pour t’aider ? », question que beaucoup de gens lui posent.​

Baud répond qu’un comité de soutien s’est formé à Genève, composé d’anciens camarades de service militaire et d’autres amis, qui est en train de se structurer et de mettre en place un site internet avec une cagnotte pour financer les frais d’avocats et les démarches nécessaires contre les sanctions. Il souligne le paradoxe d’un système qui, pour des sanctions prises « pour rien du tout » à ses yeux, mobilise des administrations, des cabinets d’avocats et des ressources considérables, illustrant selon lui l’inefficacité bureaucratique des institutions concernées.​

Il insiste sur le fait que le soutien moral et la vigilance citoyenne sont essentiels, non seulement pour sa situation personnelle, mais aussi pour défendre la liberté d’expression et l’État de droit face aux dérives extrajudiciaires. Selon lui, si les journalistes et les responsables politiques ne sont pas tenus de rendre des comptes, c’est à la société civile de s’en charger, en retirant sa confiance et son audience aux médias et institutions qui ne respectent plus les principes de probité et de pluralisme.

Interpellation au conseil fédéral…..

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